Faire monde(s). Mondialisations du sport & Olympisme
4-6 juin 2024 Université Paris Nanterre (France)

Conférencier(e)s invité(e)s

Trois conférenciers invités seront à l'honneur durant ce congrès (l'ordre apparent est l'ordonnancement du déroulé des conférences dans le programme du congrès) :

Connan.jpg

Dominique Connan, Professeur des Universités,

Laboratoire Institut des sciences sociales du politique (ISP, UMR 7220),

Université Paris Nanterre

dominique.connan@parisnanterre.fr

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Thèmes de recherche principaux : legs colonial, formation des classes dirigeantes, élites économiques, globalisation des sports

Page personnelle ou institutionnelle internet, CV :

https://www.u-picardie.fr/curapp/wp-content/uploads/2015/09/CV_CONNAN2017.pdf

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Mardi 04 juin 2024 :

10h30 – 12h

(Auditorium, convention center building)

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Titre de la conférence :

Une « Bourgeoisie mondiale imaginée » : le golf et respectabilité contrariée des élites kényanes, de l’indépendance à la présidence de Mwai Kibaki

 

Résumé de la conférence :

« Tout ce qui a à voir avec les chevaux, pour une raison ou une autre, est lié à la grande vie du passé. Ça tend à regarder derrière, plutôt qu’en avant. C’est toujours un sport qui a, peut-être, beaucoup à voir avec le passé, plutôt qu’avec le futur. Alors que quelque chose comme le golf, je veux dire, c’est tout l’avenir! » 

Au Kenya, la culture des colons britanniques n’a pas disparu avec l’indépendance. Mais les propos prononcés par le golfeur kényan Samuel Ngaruiha montrent que l’appropriation du legs colonial a été sélective. Elle ne s’est pas résumée à une dialectique avec le passé impérial, et le golf convoque aujourd’hui un imaginaire qui, dans les classes supérieures kényanes, renvoie davantage à un avenir souhaitable qu’à un passé écrasant. A cet égard, les clubs de golf ont fait l’objet d’imaginaires et d’usages renouvelés. Faire l’archéologie des représentations africaines de ce sport depuis l’indépendance, c’est ainsi se confronter à l’énonciation, régulièrement actualisée, des « imaginaires de la réussite» (Banégas & Warnier), des formes d’honorabilité individuelle (Iliffe) et de prestige collectif. A cet égard, la formation des groupes sociaux dirigeants procède de deux phénomènes : l’accumulation de capital, bien entendu, mais également une formation symbolique, plus complexe, qui vise pour les dominants à affirmer la valeur de leur position, ou plutôt la valeur dominante de leur style de vie. C’est ce que permet de saisir l’étude du golf, et de ses appropriations africaines.

Dès lors, la pratique du golf, dans les classes supérieures kényanes, renvoie toujours à une double histoire, indissociablement nationale et internationale. Les Africains ont très tôt utilisé la culture issue du colonialisme comme un marqueur de stratification sociale. Après l’indépendance, ils ont fait des clubs de golf les théâtres d’une revanche postcoloniale contre la domination blanche. Mais cette revanche s’est bientôt muée en affirmation de dignité – celle des élites, certes - à la critique des pouvoirs et des Etats africains, telle qu’elle a été portée, depuis les années 1980 en particulier, dans les arènes internationales de toutes sortes, et qui produit le stéréotype d’une Afrique malade, dysfonctionnelle et reléguée, dont les habitants seraient, à l’égard du reste du monde, des êtres de seconde zone, gouvernés par des élites sujettes à la « corruption », au « népotisme », au « tribalisme ». Le golf a donc porté le rejet local de ce déclassement et de cette exclusion, du refus de ce que James Ferguson a pu par ailleurs et dans un autre contexte qualifier d’« abjection». Au Kenya, l’exclusion des élites Kikuyu des ressources et des rentes étatiques, à partir des années 1980, a nourri ce sentiment, d’autant qu’elles attribuaient leur déclassement et celui du pays aux élites kalenjin qui gouvernaient alors. L’« abjection » a ainsi été, dans ce cas, le sentiment des entrepreneurs écartés des marchés publics, des juristes, des comptables, des médecins dont les normes professionnelles ont été niées et ternies sous la présidence Moi et qui perçoivent, à travers leur propre déclin, celui du pays. En situation d’abjection, la distinction élitaire prend appui sur des formes culturelles transnationales. Dès lors, le goût du golf que les élites kényanes cultivent se nourrit du sentiment d’appartenance à ce que l’on propose de nommer une « bourgeoisie mondiale imaginée». Elle se décline de plusieurs manières. Comme lutte d’abord, puisque sa formation doit beaucoup au rejet des élites prédatrices du régime Moi et de leurs pratiques. Comme style de vie, ensuite, puisqu’elle ancre la dignité, la respectabilité, l’honneur dans des pratiques de consommation, des stratégies résidentielles, des manières de se vêtir, de boire, de manger, de faire du sport et de se divertir similaires à celles des classes dirigeantes des pays dont la destinée est perçue comme exemplaire. Comme téléologie, enfin, puisqu’elle associe un style de vie élitaire à une « modernité » réputée désirable qui s’inscrit dans le sillage des pays dits « développés » : non seulement les pays d’Europe ou les États-Unis, mais aussi et surtout les Émirats Arabes Unis, Singapour et le Qatar. La pratique du golf et la fréquentation des clubs s’inscrivent pleinement dans ce processus. En somme, le golf dessine un rapport à l’État, tant d’association que d’opposition. Il est investi pour affirmer une légitimité culturelle à gouverner, pour revendiquer, un rôle d’interface entre ressources d’État et réseaux de clientèle. Mais le golf est aussi un registre critique, dès lors que le régime écarte ceux qui s’estiment les plus aptes à gouverner. En somme, l’africanisation des clubs s’inscrit au Kenya dans une trajectoire complexe, nationale mais aux ressorts ethnicisés, dont les enjeux dépassent amplement la question du legs colonial.

Cinq mots-clés : Kenya, golf, legs colonial, élites, Mwai Kibaki

Principales publications :

2024 (sous presse), La décolonisation des clubs kényans. Legs colonial, sociabilité et formation d’une élite africaine, CNRS Éditions, collection Logiques du Désordre

2024 (sous presse), « Le golf club » in Bussi M., Drozdt M. et Argounès F. (dir.), Lieux Communs, Fayard

2017 - (avec C. Josse-Durand) “Le Pays du miel et du lait. Ethnographie de la campagne électorale d’un professional au Kenya”, Cahiers d’Etudes Africaines, n°225, 2017/1

2016 -“Une réinvention de la différence élitaire. Un Rotary Club dans le Kenya de Mwai Kibaki”, Critique internationale, n°73, octobre-décembre 2016, pp.133-155

2015 − “Sociabilité et sphère publique coloniale. Les clubs européens dans le Kenya rural” in Bertrand Romain, Emmanuelle Sibeud et al. (dir.), Cultures d’Empires. Circulations, échanges et affrontements culturels en situations coloniales et impériales, CERI-Karthala, Paris, 2015, pp.225-246

2014 -“La Destinée manifeste de l’entrepreneuriat Kényan. Charité et constitution morale d’une élite économique africaine”, Politix, Vol.27, n°108/2014, pp.123-141

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Chris Young, Professeur des Universités,

Modern and Medieval German Studies at Department of German and Dutch,

University of Cambridge

cjy1000@cam.ac.uk

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Thèmes de recherche principaux : L'histoire culturelle du sport dans l'Europe moderne, avec une référence particulière à l'Allemagne ; l'histoire du sport, des médias et de l'art. Études littéraires et culturelles médiévales.

Page personnelle ou institutionnelle internet, CV : https://www.mmll.cam.ac.uk/cjy1000

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Mercredi 05 juin 2024

10h45 - 12h15

(Amphithéâtre S1, rez-de-chaussée, bâtiment Alice Milliat)

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Titre de la conférence :

 

Rethinking Jesse Owens: Berlin 1936 and the German Media Landscape

 

 

Résumé de la conférence :

Le récit principal des Jeux olympiques de 1936 comporte deux volets dominants : premièrement, que les Jeux étaient un triomphe de la propagande pour le régime et fondés sur la tromperie; et deuxièmement, que Jesse Owens a défié le régime mais que son portrait dans la presse et dans le film Olympia de Leni Riefenstahl était aussi basé sur la tromperie. Bien qu’invariablement liés dans toutes les interprétations des Jeux, ces volets, à y regarder de plus près, sont contradictoires. Cette conférence cherche à résoudre cette contradiction en examinant d’abord le traitement d’Owens dans les médias allemands (presse, actualités, films). Il examinera la nature des restrictions à la liberté de la presse après 1933, en ce qui concerne le sport, montrant la latitude dont jouissaient les journalistes ainsi que les contraintes auxquelles ils étaient confrontés. Plus important encore pour le thème de la conférence, il tracera le développement des médias sportifs dans les années 1920 et 1930 et explorera la dynamique mondiale qui l’a soutenu et propulsé vers l’avant. La force mondiale du sport en tant que sujet médiatique a continué sans relâche au début de l’ère nationale-socialiste et est essentielle pour comprendre la façon dont Owens a été reçu en Allemagne. Notre propos montrera que jusqu’à présent, l’histoire d’Owens ne s’explique que partiellement par le coup qu’il porte à la politique raciale des nazis. Bien que cela puisse difficilement être nié, il est plus qu’équilibré par l’accueil extrêmement enthousiaste qu’Owens a reçu du public allemand, notamment à la suite de l’arrivée des médias aux Jeux. En bref : Owens a été plus un succès auprès du public allemand qu’un choc pour le régime. La compréhension de cette dynamique, alimentée et soutenue par les médias et sa mission mondiale, pose de nouvelles questions sur le triomphe de la propagande des Jeux olympiques de 1936. Le document conclura donc par quelques réflexions en vue d’une réévaluation générale des Jeux les plus infâmes de l’histoire.

Cinq mots-clés : Jesse Owens, médias sportifs, Jeux olympiques, national-socialisme, propagande

Principales publications :

The 1972 Munich Olympics and the Making of Modern Germany (with Kay Schiller), University of California Press: Berkeley 2010.

The Whole World was Watching: Sport in the Cold War (ed. with Robert Edelman), Stanford University Press: Stanford, CA, 2020.

Literary Beginnings in the European Middle Ages, ed. with Mark Chinca, Cambridge University Press, 2022.

Weimar in the World: Communication after the First World War, special issue of German History (Oxford University Press), ed. with Malte Zierenberg, 2024.

Willy Meisl – King of the Sports Journalists: A Jewish Career in Times of Change, 1918-1945, with Darren O’Byrne, de Gruyter: Berlin, forthcoming 2024.

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(informations à venir)

Florence Carpentier, Maîtresse de Conférences,

CETAPS, UFR STAPS,

Université de Rouen

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Thèmes de recherche principaux :

Page personnelle ou institutionnelle internet, CV :

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Jeudi 06 juin 2024

11h15 – 12h45

(Amphitheatre S1, Alice Milliat building)

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Titre de la conférence :

Alice Milliat et les Jeux mondiaux féminins [titre à confirmer]

 

Résumé de la conférence :

Cinq mots-clés :

Principales publications :

 

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